Portraits d’orchidées

Orchids Portraits

Élégantes et délicates, ces fleurs enchanteresses n’en finissent pas d’étonner par leur diversité de formes et de couleurs. L’objectif de Thomas Balaÿ a su magnifier la finesse de leurs traits. Et rendre leur beauté, toute naturelle.

Né en 1977, Thomas Balaÿ a étudié l’agronomie tropicale en Guadeloupe avant de passer derrière l’objectif aux États-Unis, réalisant des expositions itinérantes sur les plantes tropicales menacées. Aujourd’hui photographe professionnel basé à Paris, il s’oriente vers un travail plus personnel centré sur les végétaux. Paru en octobre 2015, Orchidées est son premier ouvrage.

Terre Sauvage : Comment vous est venue l’idée de consacrer un livre aux orchidées ?

Thomas Balaÿ : En travaillant pour le Marie Selby Botanical Gardens, à Sarasota,en Floride. C’est le jardin botanique qui possède l’une des plus grosses collections d’orchidées des États-Unis. Quelques-uns des meilleurs scientifiques y étudient la nomenclature et décrivent les espèces. J’étais parti travailler là-bas en tant qu’horticulteur agronome, car je suis, avant d’être un passionné de photographie, diplômé en agronomie tropicale. Quand les équipes du Marie Selby Botanical Gardens ont vu mes images, nous avons commencé à travailler ensemble à la réalisation d’expositions itinérantes portant sur toutes les plantes en voie d’extinction, en lien avec les problématiques de conservation des espèces botaniques des pays tropicaux, dont les orchidées. J’avais donc une collection d’orchidées magnifiques à ma portée, et l’occasion de faire le lien entre les botanistes et le grand public, de communiquer sur la richesse de notre environnement via la photo. Avec ces expositions, je me suis rendu compte que le respect et l’intérêt pour la nature commencent souvent par de l’image.

Comment avez-vous choisi les espèces d’orchidées ?

La majorité d’entre elles sont protégées et peu présentées dans les livres grand public. Je voulais montrer un éventail assez représentatif de la famille des orchidées, une famille vieille de plus de 75 millions d’années et qui compte plus de 25 000 espèces. Cette diversité est assez unique chez les plantes. Au-delà du côté botanique et scientifique, de l’histoire que pouvait raconter Frédéric Pautz, l’auteur des textes, il fallait aussi que la fleur me parle. J’ai donc choisi des modèles, des formes et des couleurs différentes. Cet ouvrage est en définitive un hommage à la magie et à la beauté des orchidées, à leur ingéniosité et à l’histoire de leur mimétisme avec la nature et les insectes. La plante devient une oeuvre d’art à part entière de la nature. Ce travail est aussi un hommage aux jardins botaniques, chercheurs, botanistes, comme Pascal Sauvêtre, responsable responsable des collections tropicales du jardin du Luxembourg et qui réalise un travail formidable sur les orchidées.

Justement, il y a un parti pris très esthétique dans vos images : fleur sur fond noir. Pourquoi ?

Mon idée était de mettre l’accent sur la beauté de la fleur, sur son architecture, et, pour cela, éviter tout ce qui peut distraire le regard, que ce soient les tiges, les feuilles ou la végétation. Il y a une certaine filiation avec le travail de Karl Blossfeldt (1865-1932), sculpteur et photographe, qui avait énormément photographié de plantes de manière très graphique, en noir et blanc sur fond blanc, pour servir de modèle à ses élèves. J’ai opté pour le fond noir, car il donne un côté musée, qualitatif, comme si ces orchidées devenaient des sculptures photographiées, mises en scène. On dirait une galerie de portraits… C’est vrai, il y avait quelque part aussi une volonté de les humaniser. Contrairement à d’autres fleurs, les orchidées possèdent une symétrie non pas circulaire, mais de type bilatéral, comme la majorité des espèces animales. De ce fait, elles se rapprochent de l’animal et de l’humain. Pour moi, elles sont comme de lointains cousins. Il m’a fallu quatre ans pour réaliser ces images, du fait de la contrainte des floraisons. Les orchidées ne fleurissent pas si facilement...

Quelles techniques avez-vous employées ?

Tout a été fait en argentique, au moyen format 6x8 avec de la pellicule diapositive. Même si j’utilise le numérique par ailleurs dans mon travail, l’argentique, pour le végétal, rend les matières légèrement plus réalistes et permet d’avoir des agrandissements de très bonne qualité. En argentique, il y a aussi un temps mécanique plus long. Je fais très peu d’images par jour, mais je passe beaucoup de temps sur le sujet, à observer. J’essaie d’aller à l’essentiel pour ne pas me tromper. Et côté lumière ? J’ai utilisé de la lumière naturelle. Il y a une vraie douceur dans la lumière du jour qui est difficile à recréer en lumière artificielle. Je ne voulais pas que le sujet soit prétexte à une technique photographique d’éclairage, qu’un effet de lumière nous distrait de la fleur. Rester au plus intime de la fleur, c’est-à-dire garder son essence même, est essentiel. Ce que j’aime dans la macro, c’est le détail, révéler ce que l’on ne voit pas au premier abord.

De l’esthétique ou du message naturaliste, qu’est-ce qui prime pour vous ?

Les deux sont importants. J’aime qu’il y ait du contenu, sans pour autant devenir trop technique ou trop contraint par rapport au sujet, et être obligé de photographier telle fleur parce qu’il y a un message à faire passer. En me situant entre les deux, dans ce mélange des genres, je fais en quelque sorte un pont entre la science et l’art. Et finalement, je pense que ces deux domaines sont intimement liés, car un botaniste, un chercheur passionné, c’est aussi un artiste à part entière. Il consacre sa vie, comme un artiste, à son sujet. Mon idée est de sublimer et de révéler la beauté de la nature. Comme l’a écrit Konrad Lorenz, biologiste et zoologiste autrichien : « L’intérêt pour la nature commence souvent pas la fascination. »

ORCHIDÉES de Thomas Balaÿ, Frédéric Pautz,
éd. Ulmer, 70 photos, 128 pages, 28x28 cm, 30 e.
Préface de Francis Hallé.

Une partie des images de l’ouvrage sera exposée du 30 Mai au 5 Juin à la Galerie de l’Europe, 55, rue de Seine, Paris 6e.