Vertiges Végétaux

Vertiges Végétaux

Le Jardin botanique met en lumière le travail de Thomas Balaÿ, ce photographe diplômé d’agronomie tropicale qui a voyagé dans le monde entier en quête d’orchidées et de plantes succulentes rares.

Avec ses fleurs semblables à des papillons et ses feuilles lar- ges, plates, charnues et de formes obovales, les Phalaenopsis figurent en tête de file des orchidées les plus populaires. Faciles à cultiver, résistantes et plus faciles à conserver que d’autres de ses consœurs, elles ont connu un essor spectaculaire en quelques décennies pour devenir un grand classique des plantes d’intérieur. Et pourtant, la famille des orchidées compte parmi les plus riches et les plus diversifiées du règne végétal avec près de 30 000 espèces réparties sur presque tous les continents de notre planète.

Apparue il y a 75 millions d’an- nées, cette cousine lointaine a tapé dans l’œil du photographe Thomas Balaÿ : « Ce sont des plan- tes extraordinaires. Au fil des millénaires, elles ont développé différentes stratégies, parfois très complexes, comme des leurres visuels et olfactifs pour attirer les in- sectes pour la pollinisation et assurer leur survie. » En guise d’exemple, songeons au genre Drakaea micrantha, ou orchidée marteau, native d’Australie, qui attire les mâles des guêpes en arborant un labelle placé au bout d’une tige articulée identique par sa couleur et son odeur à une guêpe femelle.

Sensibiliser à la biodiversité
Débutée aux États-Unis et plus particulièrement au Marie Selby Botanical Gardens, la démarche photographique de Thomas Balaÿ l’a depuis escorté aux quatre coins du globe à la rencontre de cette diversité végétale dont certains spécimens recueillis il y a plus d’un siècle sont aujourd’hui menacés d’extinction.

Véritables icônes de la biodiversité, les orchidées trouvent sous l’objectif de Thomas Balaÿ un éclairage sublime. Entre témoignage scientifique, documentaire et recherche artistique, leurs for- mes invitent à expérimenter avec ludisme la paréidolie, ce phénomène cognitif qui nous engage à reconnaître des objets, des animaux ou des visages dans des taches informes ou des nuages.

À Bordeaux, l’exposition qui leur est consacrée s’accompagne d’autres clichés dédiés cette fois-ci aux plantes succulentes comme les cactus que Thomas Balaÿ a ren- contrés dans la Pépinière de Cactées à Fréjus, dans des collections particulières, à la cactuseraie de creisméas à Guipavas près de Brest, à l’Arboretum de Versailles- Chèvreloup du Muséum national d’Histoire naturelle et même plus près de chez nous : dans la serre municipale de Mérignac qui héberge un ensemble de succulentes assez rares. Sur un fond neutre, dans un cadrage frontal ou en hauteur, ces portraits de formes multiples et charnues exaltent avec volupté la splendeur de leurs détails et de leurs contours, leurs duveteuse ou épineuse textures sans compter leurs volumes étonnants fait de spirales, de volutes et de pointes.

Anna Maisonneuve

Thomas Balaÿ, « Icônes végétales » jusqu’au 31 janvier 2021.
Jardin botanique, Esplanade Linné, Bordeaux Bastide. Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h. Tarif : 4 euros. 0556521877. http://jardin-botanique-bordeaux.fr